Aimer sans Emménager : Une anomalie ?
- Karin Warin
- 21 déc. 2025
- 5 min de lecture

Il y a un passage obligé, quand on écrit un livre comme Insupportable Winneuse (c’est à dire quand on s’autorise à regarder sa vie en face, sans filtre Instagram et sans roman national du “tout va bien”).On finit par tomber sur une question très simple, très violente (comme une vérité dite calmement).
Et si le “couple classique” était devenu un modèle trop cher (en énergie, en compromis, en santé mentale) pour une partie croissante des femmes et des hommes… et que l’avenir, c’était souvent (vivre chacun chez soi) ou (vivre solo) ?
Ce que je propose ici, c’est un décryptage en 5 révélations (sur le malaise amoureux) et, surtout, sur l’impact économique de cette bascule.
1) L’hétéropessimisme : quand le couple hétéro ne fait plus rêver, même quand on “a tout pour”
On a un mot pour ce soupir collectif qui traîne dans les dîners, les groupes WhatsApp et les applis de rencontre : (hétéropessimisme) .Asa Seresin l’a théorisé comme une forme de désaffiliation performative vis à vis de l’expérience hétéro (regret, gêne, fatalisme) sans forcément “sortir” de l’hétérosexualité. (The New Inquiry)
Et ce n’est pas un micro phénomène de salon. Dans les pays riches, les formes de couple et de cohabitation reculent (au profit de trajectoires plus fragmentées). L’Economist note, par exemple, qu’aux États Unis (dans la tranche 25 à 34 ans), la part de personnes célibataires est très élevée en 2023. (economist.com)
Ce que j’entends derrière ce mot, version Insupportable Winneuse : quand la promesse du couple (sécurité, soutien, élan) se transforme trop souvent en (charge mentale, négociation permanente, déception polie), le cerveau finit par faire un calcul froid. Et il tranche.
2) La solitude choisie : quand “seule” devient une stratégie, au delà d'une attente
Le truc nouveau, ce n’est pas le célibat. C’est le fait qu’il soit (viable) et même parfois (désirable).
En Europe, les ménages d’adultes seuls sans enfant augmentent vite, et l’office statistique européen souligne que c’est la catégorie qui croît le plus rapidement sur la période récente. (European Commission)Et plus largement, les politiques publiques commencent à se réveiller sur ce qu’on appelle parfois la “single penalty” (le surcoût d’une vie solo en logement, factures, accès aux services). (The Guardian)
Traduction très opérationnelle : vivre seule (ou chacun chez soi) n’est plus un accident de parcours, c’est un choix d’architecture de vie.Et dès que c’est un choix, ça devient un marché.
3) Les hommes pris dans un étau : rôle de pourvoyeur, injonction à la vulnérabilité, et confusion générale.
Le changement des attentes féminines met une partie des hommes dans une zone floue.On leur demande (encore) une stabilité matérielle, et (en même temps) une disponibilité émotionnelle plus forte (ce qui, au passage, est une bonne nouvelle… quand on sait faire).
Aux États Unis, Shadi Hamid décrit une difficulté croissante des hommes à “trouver l’amour” dans ce nouveau contexte, avec un arrière plan de désajustements sociaux et culturels. (The Washington Post)
Mon angle (terrain) : quand chacun arrive avec des logiciels incompatibles (sur la virilité, l’indépendance, le partage, la place du travail), le couple devient un projet informatique (sans chef de projet, sans cahier des charges, et avec des mises à jour tous les trois mois). Ça plante.
4) La technologie : ce faux ami qui transforme l’amour en buffet à volonté.
Les applis de rencontre ont apporté l’accès. Elles ont aussi apporté le (paradoxe du choix) et l’illusion que “la prochaine personne” sera mieux (donc pourquoi s’engager maintenant).
Côté effets, la littérature scientifique et les études récentes relient l’usage des applis à des enjeux de santé mentale (estime de soi, anxiété, dépression) et à des dynamiques d’overload. (PMC)Et côté vécu, les enquêtes grand public montrent une fatigue massive (burnout de dating). (Forbes)
Résultat : beaucoup finissent par préférer (leur paix) à (une loterie émotionnelle). Là encore, c’est un choix rationnel.
5) Ce n’est pas une guerre des sexes, c’est une crise de modèle :
Quand des mouvements comme le “4B” en Corée du Sud existent (refus du dating, du sexe, du mariage, de la maternité avec des hommes), on voit bien le niveau de rejet que peut atteindre un modèle jugé structurellement défavorable. (Encyclopedia Britannica)
Point important : même si ces mouvements restent minoritaires, ils sont des (symptômes) visibles d’un truc plus large. Une partie des femmes ne veut plus “faire tourner la machine” si la machine tourne à leurs dépens.
Et maintenant, la question qui fâche : l’impact sur l’économie de demain
Si (vivre seule) et (vivre chacun chez soi) montent en puissance, l’économie prend une courbe.
Voici les impacts les plus plausibles (et déjà visibles) :
ImmobilierPlus de ménages pour une même population (donc plus de logements nécessaires) et plus de petits logements bien placés. Eurostat montre la hausse des ménages d’adultes seuls et leur dynamique de croissance. (European Commission)
Consommation du quotidienDeux frigos, deux abonnements, deux canapés, deux contrats d’énergie (même quand on est “en couple chacun chez soi”). Le panier moyen se reconfigure (moins mutualisé, plus individualisé).
ServicesExplosion potentielle de tout ce qui remplace l’entraide domestique (livraison, aide à domicile, conciergerie, santé préventive, communautés locales). Et en parallèle, pression politique pour réduire la “single penalty”. (The Guardian)
Travail et carrièresMoins de couples “assurance vie” (je m’explique : le couple qui sert de filet de sécurité économique). Donc plus d’exigence sur le salaire, la protection sociale, l’employabilité. Les entreprises qui comprendront ça recruteront mieux.
Finance, retraite, assuranceUn foyer à un revenu, c’est plus fragile. Donc plus de besoin de produits simples et lisibles (épargne, prévoyance, assurance santé) (et plus d’éducation financière, parce que l’amour ne paie pas les charges).
Conclusion : la fin du couple, ou sa réinvention
Je ne crois pas à la fin de l’amour. Je crois à la fin d’un modèle unique, vendu comme évidence, alors qu’il ressemble souvent à un contrat mal négocié.
Le futur ressemble à un menu plus large : du couple qui cohabite, du couple qui vit séparément, du solo assumé, des formes de familles choisies et des communautés qui remplacent une partie de ce que le couple était censé porter tout seul.
Et l’économie suivra, parce qu’elle suit toujours la vraie vie.
Et vous, vous en êtes où de votre histoire à deux et du temps/ de la vie partagée ?
À retenir
L’hétéropessimisme met un mot sur un désenchantement massif. (The New Inquiry)
Le “vivre solo” et le “chacun chez soi” deviennent des choix structurants, avec une empreinte économique directe. (European Commission)
Les applis accélèrent la fatigue relationnelle (et ça finit en retrait stratégique). (PMC)
Les tensions actuelles parlent d’un modèle à réinventer, plus que d’un conflit entre individus. (The Guardian)
Logement, services, finance, politiques publiques vont devoir s’adapter à cette nouvelle cartographie des vies. (The Guardian)




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