top of page

BONNE LECTURE

Racheter une entreprise # 2 : construire sa propre idée de la valeur

  • Photo du rédacteur: Karin Warin
    Karin Warin
  • 2 mai
  • 4 min de lecture

Deuxième épisode de ma série en temps réel sur la reprise d'entreprise. J'ai un dossier sur mon bureau. Cette semaine : la valorisation.

L'étape où beaucoup se font piéger, parce qu'ils délèguent leur jugement.


Le prix demandé par un cédant n'est pas la valeur de l'entreprise. C'est sa position de départ dans une négociation.

Ces deux choses n'ont rien à voir.

La valorisation, c'est le travail qui vous permet d'arriver à la table avec votre propre conviction — étayée, documentée, défendable. Sans ça, vous êtes en position de faiblesse dès le premier échange.

Les trois méthodes principales

Il n'existe pas une seule façon de valoriser une entreprise.

En pratique, on croise plusieurs méthodes pour triangulariser.


La méthode des multiples d'EBITDA

C'est la méthode de référence pour les PME rentables. On prend l'EBITDA — le résultat avant intérêts, impôts, dotations aux amortissements et provisions — et on le multiplie par un coefficient sectoriel.

Ce coefficient varie considérablement selon les secteurs. Une société de services B2B récurrents peut se négocier à 6 ou 7 fois l'EBITDA. Une activité industrielle cyclique, plutôt à 4 ou 5 fois. Une société dans la santé, le bien-être ou les compléments alimentaires — comme le dossier que j'étudie — peut atteindre des multiples plus élevés si la croissance est là et les barrières à l'entrée solides.

Deux pièges fréquents.

Premier piège : l'EBITDA présenté dans le mémorandum est souvent retraité — des charges jugées exceptionnelles ont été retirées. Examinez ces retraitements un par un. Certains sont légitimes, d'autres beaucoup moins.

Deuxième piège : le multiple appliqué vient du cédant ou de sa banque. Il reflète les meilleures transactions du marché, pas nécessairement les transactions comparables à votre cible.


La méthode patrimoniale

On regarde la valeur nette comptable des actifs — ce que possède vraiment l'entreprise une fois les dettes déduites. Cette méthode est particulièrement pertinente pour les sociétés à fort actif immobilier ou matériel, ou pour les sociétés peu rentables dont la valeur réside dans leur patrimoine.

Pour une société de services ou une activité immatérielle, cette méthode seule ne suffit pas — elle ignore complètement la capacité bénéficiaire future.


Un élément souvent sous-estimé : le goodwill, ou survaleur. C'est l'écart entre le prix payé et la valeur comptable. Il représente ce que vous payez pour la marque, la clientèle, le savoir-faire, la position concurrentielle.

Ce goodwill doit être justifié par des flux futurs réels — sinon, vous payez de l'air.


La méthode des comparables

On regarde à quel prix des sociétés similaires ont été cédées récemment. Même secteur, même taille, même profil de rentabilité.

C'est une méthode puissante mais exigeante à mettre en œuvre, parce que les données de transactions sur les PME ne sont pas publiques.

C'est là que vos alliés — banque d'affaires, expert-comptable spécialisé, réseau — deviennent indispensables.

Ils ont accès à des bases de données sectorielles et à des transactions récentes que vous ne trouverez nulle part en ligne.


La méthode des DCF — flux de trésorerie actualisés

On projette les flux de trésorerie futurs de la société et on les actualise au présent avec un taux qui reflète le risque. C'est la méthode théoriquement la plus rigoureuse.


En pratique, sur une PME, elle est sensible aux hypothèses — et les hypothèses de croissance fournies par le vendeur sont rarement neutres.

Utilisez-la comme test de cohérence plutôt que comme méthode principale.


Les ajustements qui changent tout

Une fois les méthodes appliquées, plusieurs éléments viennent corriger la valorisation brute.

La dette nette.

 Le prix d'une société s'exprime en valeur d'entreprise — avant prise en compte de la dette.

La valeur des capitaux propres, ce que vous payez réellement, c'est la valeur d'entreprise moins la dette nette. Une société valorisée 5 millions avec 1 million de dette nette vous coûte 4 millions en fonds propres. C'est une évidence sur le papier, mais elle est souvent escamotée dans les premières discussions.


Le besoin en fonds de roulement normatif. 

Si le BFR est anormalement bas à la date de cession — parce que le cédant a accéléré les encaissements ou ralenti les décaissements — vous allez devoir le financer après la reprise.

C'est un coût caché qu'il faut intégrer dans votre prix.


Les investissements différés. 

Une société qui n'a pas investi depuis trois ans présente souvent un outil de production ou un système d'information en retard. Ces capex à venir ne sont pas dans les chiffres historiques — ils sont dans vos frais à venir.


La dépendance au dirigeant. 

Si une part significative du CA repose sur les relations personnelles du cédant, la valeur réelle de la société sans lui est inférieure à ce que les chiffres montrent. Cette décote est difficile à quantifier mais elle est réelle.


Ce que j'ai fait concrètement

Pour le dossier que j'étudie, j'ai demandé à mon expert-comptable de refaire le calcul avec ses propres hypothèses, indépendamment de ce que présente le mémorandum.

Je lui ai communiqué les données financières brutes et je lui ai demandé : quel multiple te paraît cohérent dans ce secteur aujourd'hui, et pourquoi ?

Sa réponse a confirmé mon intuition : le prix demandé est dans la fourchette haute. Pas déraisonnable, mais dans la fourchette haute. Ce qui signifie que ma marge de manœuvre à la négociation est réelle — à condition que je puisse le justifier avec des chiffres, pas des impressions.

J'ai aussi contacté une banque d'affaires que je connais pour avoir une deuxième lecture sur les comparables sectoriels. C'est l'objet de la prochaine étape.


L'épisode 3 est consacré aux alliés — qui appeler, dans quel ordre, et pourquoi leurs objections sont souvent votre meilleur outil de travail.


Vous travaillez sur un projet de reprise ? Vous êtes sur le bon chemin

 
 
 

Commentaires


bottom of page