top of page

BONNE LECTURE

Racheter une entreprise # 3 : les alliés, ou comment construire sa conviction sans se raconter d'histoires

  • Photo du rédacteur: Karin Warin
    Karin Warin
  • il y a 6 jours
  • 4 min de lecture

Troisième épisode de ma série en temps réel. J'ai un dossier sur mon bureau.

Cette semaine : les alliés. Pas les gens qui vous disent ce que vous voulez entendre — les gens

qui vous disent ce qu'ils voient vraiment.


Une reprise d'entreprise est une décision solitaire. C'est vous qui signez. C'est vous qui portez. C'est vous qui vivez avec.


Mais la construire seul est une erreur que beaucoup font, et que beaucoup regrettent.


Les alliés dans un projet de reprise ne sont pas là pour vous rassurer. Ils sont là pour tester votre raisonnement, révéler vos angles morts, et parfois vous dire des choses inconfortables que vous n'aviez pas envie d'entendre. C'est exactement pour ça qu'ils sont précieux.


Qui appeler, et pour quoi

Chaque allié a un rôle précis. Les confondre ou les interchanger, c'est perdre la valeur de chacun.


L'expert-comptable spécialisé en transmission


C'est le premier appel à passer — avant même d'aller trop loin dans votre analyse personnelle.

Un expert-comptable généraliste peut lire des bilans. Mais un expert-comptable qui a accompagné des dizaines de cessions connaît les habitudes de présentation des comptes en contexte de vente, les retraitements légitimes et ceux qui masquent quelque chose, les ratios de son secteur, les signaux faibles dans une liasse fiscale.

Ce que vous lui demandez concrètement : valider ou invalider la cohérence des données financières du mémorandum, refaire une valorisation indépendante, identifier les zones d'ombre à creuser en due diligence.

Et surtout : lui demander ce qu'il ferait si c'était lui. Les gens qui ont une opinion personnelle sur un dossier vous donnent bien plus que ceux qui restent dans leur rôle de prestataire.


La banque d'affaires

Si le projet dépasse quelques millions d'euros, ou si le secteur est suffisamment spécialisé, une banque d'affaires côté acquéreur peut apporter quelque chose de précieux : l'accès aux comparables de transactions récentes, et une lecture du marché que vous n'avez pas.

Attention à un point : certaines banques d'affaires travaillent des deux côtés — cédant et acquéreur. Clarifiez dès le départ de quel côté elles se positionnent, et vérifiez qu'il n'y a pas de conflit d'intérêts.

Ce que vous leur demandez : les multiples observés récemment dans le secteur, les transactions comparables, leur lecture du prix demandé.


L'avocat spécialisé en M&A ou transmission

Beaucoup d'acquéreurs appellent l'avocat trop tard — une fois la lettre d'intention signée, voire une fois la LOI acceptée. C'est une erreur.

L'avocat doit être dans la boucle dès que vous envisagez sérieusement le dossier, pour plusieurs raisons. Il structure la confidentialité — les NDA que vous signez avant d'accéder au mémorandum ont des implications juridiques réelles. Il anticipe les points de friction de la négociation. Il identifie les risques juridiques dans les contrats structurants, les baux, les engagements vis-à-vis des salariés.

Sur une reprise, la négociation du prix est souvent moins tendue que la négociation des garanties d'actif et de passif. C'est là que les mois de travail se gagnent ou se perdent.


Les experts métier du secteur

C'est la catégorie la plus sous-estimée, et souvent la plus utile.

Vous rachetez une société dans un secteur que vous ne connaissez pas parfaitement — ou que vous connaissez bien en tant qu'utilisateur, mais pas en tant qu'opérateur. Les dynamiques de marché, les marges réelles, les difficultés d'approvisionnement, les tendances de consommation, la réglementation en mouvement : tout ça, un expert du secteur le connaît mieux que n'importe quel document.

Pour mon dossier, j'ai contacté un directeur que je connais depuis deux ans, spécialiste des compléments alimentaires et de la santé naturelle. Je lui ai posé une seule question : si tu devais racheter cette société, qu'est-ce qui t'inquiéterait ?

Sa réponse a été plus utile que deux semaines de lecture du mémorandum.

J'ai aussi contacté une amie qui a construit et vendu une marque dans le maquillage bio. Elle connaît les réseaux de distribution santé-beauté et le marketing de ce secteur mieux que personne. Ce qu'elle m'a dit sur les marges distributeurs et les référencements en pharmacie m'a donné une lecture que je n'avais pas.


Les chefs d'entreprise qui ont fait le chemin

Pas forcément dans le même secteur. Mais des gens qui ont racheté une PME, qui ont géré l'intégration, qui ont connu les premières semaines où tout ce qui était présenté dans le mémorandum rencontre la réalité du terrain.

Ce que vous cherchez dans ces échanges : les surprises. Ce qu'ils n'avaient pas vu venir. Ce qu'ils referaient différemment. Ce qu'ils n'auraient jamais signé s'ils avaient su.

Ces conversations sont les plus inconfortables — parce qu'elles touchent à vos propres angles morts. Et les plus précieuses pour exactement la même raison.


Les futurs partenaires opérationnels

C'est l'allié que beaucoup n'appellent pas du tout avant de signer.

Si vous envisagez de faire appel à des partenaires externes pour accélérer la croissance après la reprise — dans la distribution, dans le développement commercial, dans un nouveau marché à l'export — parlez-leur avant. Pas pour les engager, mais pour tester la viabilité de votre vision.

J'ai ainsi demandé à deux jeunes chefs d'entreprise en forte croissance dans les réseaux de distribution que je vise s'ils seraient ouverts à travailler avec moi sur ce type de projet. Leur réponse conditionne une partie de ma thèse de valeur.


Comment traiter leurs objections

Vos alliés vont vous dire des choses qui grincent. C'est leur rôle.

Trop petit. Trop cher. Trop dépendant du dirigeant sortant. Trop exposé à la concurrence. Pas assez de récurrence dans le CA.

Chaque objection mérite un travail précis : est-ce un prisme personnel lié à leur expérience, ou est-ce une réalité objective que vous avez sous-estimée ?


La méthode que j'utilise :

je note chaque objection, et en face je note ce dont je dispose concrètement pour y répondre. Mes ressources, mon réseau dans ce secteur, mon expérience de transformation d'entreprise, mes alliés opérationnels.

Si je n'ai rien en face d'une objection majeure, ce n'est pas l'objection qui est fausse — c'est mon projet qui a un trou.

C'est ce travail-là, fait sérieusement et honnêtement, qui vous dira si votre envie est une vraie conviction ou un arrangement avec vous-même.


La différence entre les deux, c'est ce que vous êtes prêt à faire quand ça devient difficile.


Vous travaillez sur un projet de reprise et vous cherchez à structurer votre réflexion ?

La reprise est un accélérateur pour se lancer dans l'entrepreneuriat.


 
 
 

Commentaires


bottom of page