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BONNE LECTURE

Racheter une entreprise # Episode 7 : signing, closing, et les cent jours du repreneur

  • Photo du rédacteur: Karin Warin
    Karin Warin
  • il y a 4 jours
  • 5 min de lecture

Septième et dernier épisode de ma série en temps réel. La due diligence est terminée. On signe. Et commence alors la vraie épreuve.

La due diligence est fermée. Les négociations finales sont abouties. Le prix est arrêté, les garanties d'actif et de passif négociées, les conditions suspensives levées.


Vient le signing.


Puis le closing.


Et puis, le lendemain matin, vous entrez dans l'entreprise. En tant que propriétaire cette fois.



Le signing et le closing : deux moments distincts

Beaucoup confondent les deux. Ils correspondent à deux étapes juridiquement distinctes.


Le signing, c'est la signature du contrat de cession définitif (le SPA, Share Purchase Agreement, ou acte de cession de fonds selon la structure retenue). Toutes les conditions ont été négociées et validées. Les parties s'engagent.


Le closing, c'est le transfert effectif de propriété. Le paiement du prix. La remise des clés. Dans certaines transactions, signing et closing se font le même jour. Dans d'autres (notamment quand il faut obtenir une autorisation réglementaire, une validation des autorités de la concurrence, ou lever le financement bancaire) ils sont séparés de plusieurs semaines.

Entre les deux, le cession continue d'être exploitée par le cédant, selon des conditions de gestion courante strictement définies dans le contrat.

Surveiller cette période inter-deux est important : aucune décision significative (recrutement, dépense inhabituelles, engagement contractuel majeur) ne doit être prise sans votre accord.


Ce que contient le contrat définitif

Le SPA (Sale Purchase Agreement ) est un document long et technique. Votre avocat en est le maître d'œuvre. Mais en tant qu'acquéreur, vous devez comprendre ce que vous signez sur les points essentiels.

Le prix et ses mécanismes d'ajustement. Le prix fixé dans la LOI est souvent affiné après due diligence.

Des mécanismes d'ajustement (sur le BFR réel à la date de closing, sur la dette nette effective) permettent de coller au plus près de la réalité financière du jour J.

L'earn-out éventuel :  Une partie du prix peut être conditionnée à des performances futures de la société sur un ou deux ans post-closing.


C'est un outil utile pour réduire l'écart de valorisation entre les parties, mais il doit être rédigé avec une précision extrême sur les indicateurs retenus et les conditions de mesure.


Les garanties d'actif et de passif (GAP). C'est la partie la plus négociée de tout le contrat. Le cédant garantit que les éléments déclarés pendant la due diligence sont exacts, et s'engage à indemniser l'acquéreur si un passif caché ou une actif surestimé se révèle après la vente. La durée de la garantie, le plafond d'indemnisation, les franchises, les seuils de déclenchement : chaque paramètre compte et se négocie.


Les clauses de non-concurrence et de non-débauchage. Le cédant s'engage généralement à ne pas exercer d'activité concurrente pendant une période définie et sur un périmètre géographique précis. Ces clauses doivent être rédigées avec soin pour être juridiquement valides et opérationnellement utiles.


Les conditions d'accompagnement post-closing. Combien de temps le cédant reste-t-il disponible pour faciliter la transition ? Dans quel cadre (contrat de conseil, présence physique, disponibilité téléphonique) ? Sur quels sujets précis ? Cette question, souvent traitée à la légère, conditionne largement la qualité de la passation avec les équipes et les clients clés.



Le jour du closing

C'est un moment particulier. Après des mois de travail, de doutes, de négociations, de nuits à relire des documents, le transfert se fait. Le prix part. Les parts arrivent.

J'ai connu ce moment avec AMi2. Ce mélange de fierté, de vertige et de responsabilité soudaine qui s'installe. Ce sentiment que tout ce qui était théorique devient très concret, très vite.

Prenez le temps de le vivre pleinement. C'est un acte fondateur.



Les cent premiers jours : la vraie épreuve commence


Les cent premiers jours d'un repreneur sont la période la plus décisive de toute la reprise. Ce qui se passe dans ces cent jours conditionne les deux ou trois années qui suivent.

Voici ce que j'ai appris, et ce que je vais appliquer.


1 - Écouter avant de décider. La tentation est forte de montrer rapidement ce que vous apportez, de lancer des chantiers, de signaler le changement. Résistez. Les cent premiers jours sont d'abord un temps d'écoute et d'observation. Les équipes vous regardent. Elles évaluent si vous comprenez vraiment ce qu'elles font. Les décisions prises trop vite, sans cette compréhension, laissent des traces durables.


2 - Identifier les porteurs de la culture. Dans chaque entreprise, il y a des personnes dont l'influence informelle dépasse largement leur position hiérarchique. Ce sont eux qui font tenir la culture, qui transmettent le sens, qui rassurent ou qui inquiètent les autres. Les repérer, les rencontrer vraiment, comprendre ce qui les anime : c'est la priorité numéro un des premières semaines.

3 - Clarifier votre vision, sans l'imposer. Les équipes ont besoin de savoir où vous allez. Mais la vision ne s'impose pas dans un discours de prise de fonction. Elle se construit en conversation, en partage, en itération avec ce que les équipes savent mieux que vous sur leur propre métier. Le repreneur qui arrive avec toutes les réponses perd la confiance de ceux qui ont toutes les questions.


4 - Gérer la relation avec le cédant. Si le cédant reste présent pendant la transition, cette relation doit être gérée avec soin. Il reste une figure de référence pour les équipes, pour les clients, pour les fournisseurs. La passation doit être progressive, visible, et vécue comme une continuité plutôt que comme une rupture. Même quand vous avez des visions différentes sur certains sujets, la place publique n'est jamais le bon endroit pour les exprimer.


5 - Suivre les indicateurs qui comptent vraiment. Les premiers mois, vous êtes dans une période de confirmation ou d'infirmation de vos hypothèses de valeur. Les indicateurs clés (rétention clients, moral des équipes, cash généré, pipeline commercial) doivent être suivis avec une attention particulière. Ils vous disent si ce que vous avez acheté correspond à ce que vous pensiez avoir acheté.



6 - Préserver votre propre énergie. C'est peut-être le conseil le plus important et le moins donné. Les cent premiers jours sont épuisants. La charge cognitive, émotionnelle et décisionnelle est considérable. Vous avez besoin de ressources, d'alliés, de moments de recul. Un repreneur épuisé prend de mauvaises décisions. Prenez soin de vous autant que de votre nouvelle société.


Le mieux si vous voulez gagner du temps, c'est de profiler les comportements automatiques du cédants et de son équipes rapprochée. Vous pourrez ainsi donner votre mode d'emploi et de fonctionner à celles et ceux qui poursuivent l'aventure avec vous, tandis que vous découvrez le leur, plutôt que d'empiler les erreurs de management avant d'avoir les clefs d'un fonctionnement fluide.

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Ce que cette série m'a appris


J'ai documenté ce processus en temps réel, avec un dossier vivant sur ma table, parce que je crois que les décisions les plus importantes se prennent mieux quand on les pense à voix haute, avec d'autres.

Racheter une entreprise est un acte solitaire dans sa finalité. Mais c'est un acte qui se prépare collectivement, qui se construit avec des alliés, qui se réussit avec des équipes.


La prochaine fois que je l'écris, ce sera en tant que propriétaire.


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